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Concert avec entracte - fin du concert aux environs de 21h40
« Russe » ne suffirait pas à qualifier ce programme tant les œuvres présentées ont des sonorités différentes. Affaire de personnalités et de génération.
Liadov fut le professeur de Prokofiev... Sa musique, amoureuse de ses effets orchestraux, est tout scintillement et féérie de la nature. Ce lac, ce n’est pas encore La Mer, diront les impatients de l’impressionnisme, jugeant à raison que cette musique est subtile et calme, sage, quand les inventeurs, les Debussy, créaient à la même époque des sonorités bien plus surprenantes. Mais Liadov est né en 1855... En 1910, quand il compose Le Lac Enchanté, la nouveauté russe, c’est Stravinski. Le Sacre du Printemps est déjà en chantier mais Stravinski s’en divertit un instant et écrit un tour de passe-passe, une partition où tout s’enchaîne, se transforme : l’orchestration, les rythmes, une joyeuse bousculade de foire ! Pendant la composition, un nom lui vient à l’esprit : Petrouchka, le polichinelle russe. Diaghilev qui lui rend visite est emballé et ensemble ils conçoivent l’argument de ce qui devient l’un des ballets les plus célèbres du XXe siècle, créé avec succès au Châtelet en 1911.
C’est la première pièce que Stravinski compose hors de Russie, encore tout chargé d’impressions sonores. Il ne fera le voyage de retour que cinquante ans plus tard en 1962.
Le concerto de Prokofiev date lui de 1935. C’est son second concerto pour violon. Le premier remonte à ces années 10 fièvreuses, où les jeunes compositeurs ont envie de prouver, de défier. Vingt ans plus tard, Prokofiev se montre assagi, plus lyrique.
Avec ce concerto, Gil Shaham débute un projet sur trois saisons avec l’Orchestre de Paris qui le conduira à donner tous les concertos pour violon écrits dans les années 30. Il fera ainsi entendre les partitions de Walton (en avril 2011), Korngold, Szymanowski, Barber et Britten, s’engageant dans un marathon violonistique qui constitue aussi le passionnant tableau historique d’une décennie troublée.