Concert avec entracte - fin du concert aux environs de 22h15
David Zinman emmène l’orchestre dans ce défi qu’est La Grande, la dernière, la plus novatrice symphonie de Schubert. La dernière ou la plus parfaite ? Cette Symphonie semble en effet un objet exceptionnel, un canevas sur lequel tout est possible, qui n’attend que l’interprétation pour en révéler toutes possibilités. Les combinaisons de timbres, les inventions de rythme, le temps qui s’écoule dans les reprises, cette symphonie est à la fois classique et déjà possédée des excès du jeune romantisme.
Avant d’accoster à cette œuvre immense, véritable tour de force pour les cordes, l’orchestre part d’abord à la découverte d’une œuvre de Marc-André Dalbavie encore jamais donnée à Paris et qui cite, absorbe et reflète une partition pour piano de Janáček, Dans les brouillards. Deux œuvres en une, en quelque sorte. Quant au concerto de Beethoven, encore mozartien, c’est l’occasion d’entendre le pianiste Stephen Kovacevich, l’un des grands interprètes du compositeur, qui semble réinventer chaque partition à partir des éléments adéquats : transparence, énergie, naïveté et révolte.
Le chef américain David Zinman a soixante-dix ans, dont une bonne quarantaine consacrée à la direction d’orchestre. Ses débuts remontent aux années 60, quand Pierre Monteux - devenu directeur musical du London Symphony Orchestra à 80 ans passés - lui offre de monter au pupitre de cet orchestre prestigieux.
Avant de s’installer plus durablement en Europe - il dirige depuis dix ans l’Orchestre de la Tonhalle de Zürich, David Zinman a considérablement transformé le paysage musical américain à la tête de l’Orchestre de Baltimore (1985-1998), développant sa programmation contemporaine, s’inspirant du travail des instruments anciens pour la musique classique, organisant un festival d’été.
David Zinman est un chef énergique et précis. Ses enregistrements des symphonies de Beethoven sont couverts d’éloges. Il a également fait découvrir la fameuse
Symphonie n°3 de Henryk Górecki et sa longue plainte vocale, dans un enregistrement des années 90. C’est la cinquième fois que David Zinman est invité par l’Orchestre de Paris.
La carrière du pianiste américain Stephen Kovacevich fut d’entrée placée sous le signe de Beethoven : son premier concert londonien en 1961 affichait déjà les
Variations Diabelli. C’est ensuite, entre 1968 et 1975, avec Colin Davis et le London Symphony Orchestra qu’il enregistra l’intégrale des concertos. Il entreprit dans les années 90 d’enregistrer l’intégrale des sonates, un parcours de douze années. Son approche semble s’inspirer de Beethoven pianiste et improvisateur. La connaissance approfondie de l’œuvre est là mais le regard est toujours neuf, cherchant toujours à découvrir, à faire apparaître la simplicité, la tendresse ou la rage du compositeur.
On ne passera pas pour autant sous silence le talent de Stephen Kovacevich dans Brahms, Chopin ou Ravel. C’est sa première apparition à l’Orchestre de Paris.