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Giorgio Mandolesi

Premier basson solo

Après avoir été basson solo au Théâtre San Carlo de Naples et au Théâtre Carlo Felice de Gênes, Giorgio Mandolesi entre à l'Orchestre de Paris comme basson solo en 2003, une dizaine d'années après son Premier prix au Conservatoire de musique Santa Cecilia de Rome. Il s'est formé aussi bien au basson classique qu'à l'instrument baroque et a joué avec plusieurs ensembles d'instruments anciens, comme La Petite Bande de Sigiswald Kuijken, Europa Galante de Fabio Biondi, l'Orchestre des Nations de Jordi Savall ou Concerto Italiano de Rinaldo Alessandrini.
Enseignant, il est actuellement professeur de basson moderne et baroque à la Musik Hochschule Winterthur de Zürich et titulaire de la classe de basson historique au Conservatoire supérieur de Paris.
iw

son
interview

Votre entrée à l’Orchestre de Paris ?
Je suis entré à l’orchestre en 2003. J’ai passé le concours de l’orchestre cinq fois : j’étais toujours en finale mais je ne gagnais jamais. Les musiciens craignaient qu’étant italien, je n’aie pas envie de rester longtemps. Et moi, je les regardais avec de grands yeux en disant : "Mais j’ai passé le concours cinq fois, si ce n’est pas une preuve de mon envie !".
Ce que vous a appris le métier de musicien d’orchestre ?
L’amitié. Il y a un texte de Pierre Boulez qui écrit que la justesse est une question d’amitié. Si vous êtes ami avec la personne qui joue à côté de vous, vous êtes prêt à jouer juste avec lui.
Le compositeur que vous auriez aimé rencontrer ?
Sans vouloir faire ma "mafia" italienne, Antonio Vivaldi ! Parce qu’il a dédié au basson 39 concerti ! Vivaldi, c’est comme dans la commedia dell’arte, il donne un squelette et une structure à partir desquels l’interprète peut ornementer.
Quel bruit vous fait boucher les oreilles ?
Les trompettes derrière moi quand l’orchestre joue les symphonies de Bruckner !
Un compositeur que vous ne portez pas spécialement dans votre cœur ?
Bruckner justement. Il oublie systématiquement le basson ; la partition du hautbois solo dans la Neuvième Symphonie fait douze pages, celle du basson solo en fait quatre !
Le plus beau solo pour votre instrument ?
Le solo de basson dans le Sacre du printemps. La pièce n’est pas difficile en soi mais le moment l’est, car c’est vous qui ouvrez la pièce et l’oeil du chef est concentré sur vous.
Un compositeur au-dessus de tous les autres ?
Mozart. Chaque fois que j’écoute du Mozart, je découvre de nouvelles choses. Et puis il écrit pour le basson comme s’il en avait joué toute sa vie !
Une musique à faire écouter à un ami ?
La cantate Ich habe genug de Bach avec l’air pour hautbois d’amour, qui donne la chair de poule !
Votre répertoire de prédilection ?
La musique baroque. L’orchestre est plus centré sur le répertoire symphonique et j’ai rarement l’occasion d’en faire avec l’orchestre. Mais j’en joue très régulièrement avec de nombreux ensembles spécialisés, d’autant que je suis professeur de basson baroque au CNSMD de Paris. Il est essentiel d’avoir un regard à 180 degrés sur tous les répertoires.
Un souvenir marquant de tournée ?
Ma première tournée à New York, avec un concert à Carnegie Hall. Nous avons fêté l’événement dans ma chambre jusqu’à six heures du matin avec des collègues ! Le lendemain matin, je me suis retrouvé dans une chambre avec le matelas à la verticale, des glaçons répandus sur le sol et des verres de whisky dans toute la pièce. Un concert à Carnegie Hall, ça se fête, forcément !
Un film que vous ne cessez de revoir ?
Prova d’orchestra (Répétition d’orchestre) de Fellini (1979). Ce film souligne et met en scène les travers humains des musiciens d’orchestre.
Vous plaquez tout, où allez-vous ?
En Sardaigne, où il n’y a que la mer et les plages, pour élever des chèvres et des vaches. Vous savez, je m’appelle Giorgio ; en grec, cela veut dire "pasteur"...
La question qu’on vous pose le plus souvent sur votre instrument ?
Le basson est peu connu ; je réponds toujours qu’il s’agit d’un saxophone en bois. Les gens ont l’air de comprendre quelque chose... En Italie, il existe une anecdote très célèbre avec le basson. Dans une émission de télévision du type Qui veut gagner des millions ?, un candidat très doué a perdu une fortune car il n’a pas su répondre à la question: "Quel instrument Verdi a utilisé pour la première fois dans Don Carlo ?". Il s’agissait du contrebasson. En Italie, si vous parlez du basson, tout le monde vous parlera de cette émission !