retour

Christian Brière

Premier chef d'attaque des violons

Lauréat du Conservatoire national de région de Rouen, Christian Brière obtient un Premier prix de violon et un Premier prix de musique de chambre au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP).
Il étudie par la suite le répertoire romantique auprès de Christian Ferras et Gérard Jarry, et découvre auprès de Jean Hubeau des œuvres méconnues de compositeurs français.
Il entre à l'Orchestre de Paris en 1983, et accède bientôt au poste de soliste dans cette formation.
Violon solo invité, il se produit en concert et en tournée avec les orchestres Philharmonia, Erwartung ou l'Orchestre de chambre de Jean-François Paillard.
Passionné également par le répertoire du début du XXe siècle, il fut violon solo de l'Orchestre français de musique légère et participa pendant plus de quatre mois, en 1991 et 1992, à l'Histoire du Soldat de Igor Stravinski mis en scène et joué par le comédien Jean Rochefort.
Il forme également avec Simon Schembri un duo violon et guitare qui explore le répertoire de Jacques Ibert à Astor Piazzolla.
Violon solo de l'Orchestre Lamoureux, il collabore avec plusieurs ensembles tels que le Sirba octet et le Carrasco "H" quartet (tango), avec lesquels il concrétise son goût pour les sentiers non balisés de la musique vivante.
iw

son
interview

Votre pupitre ?
Les seconds violons ont souvent des parties très rythmiques. Dans Beethoven, notre rôle est secondaire, mais dans les symphonies de Bruckner ou Chostakovitch, nous avons des thèmes magnifiques à jouer. Je suis alors très fier de mon pupitre: nous sommes seize, avec de nombreux très jeunes musiciens vraiment doués.
La qualité indispensable pour devenir musicien d’orchestre ?
Il faut jouer juste, avoir du rythme et une faculté d’adaptation incommensurable ! Les tempi d’une œuvre changent selon les chefs et parfois même au cours du concert !
La forme actuelle de l’orchestre ?
J’ai connu les grandes heures de l‘orchestre avec Daniel Barenboim et pour moi, l’orchestre actuel n’a rien à lui envier ! Notre installation à la Philharmonie est une réussite. Les acousticiens ont opéré de nombreuses améliorations et l’acoustique y est maintenant idéale.
Paavo Järvi ?
Bien sûr, je me réjouis de l’arrivée de Daniel Harding mais j’aurais bien aimé continuer encore un peu avec Paavo, qui nous quitte à la fin de la saison. Avec lui, on fait toujours de très beaux concerts et nos tournées ont beaucoup de succès. L’orchestre sous sa direction joue magnifiquement.
Le musicien absolu à vos yeux ?
Daniel Barenboim qui avait toujours un coup d’avance quand il vous parlait. Et il a une mémoire phénoménale ! Si vous vous trompiez dans un passage et que vous rejouiez l’œuvre six mois ou un an plus tard, il vous fixait intensément lors de ce même passage !
Le répertoire que l’orchestre ne joue pas assez ?
Mes grands-parents étaient violonistes et chanteurs d’opérette. Ils avaient une troupe de théâtre en Normandie et je venais souvent les écouter. Je leur dois un certain goût pour la musique légère. Il y a de vrais petits bijoux, Les Cloches de Corneville, La Veuve joyeuse ou les opérettes de Messager. Je serais très heureux si l’orchestre en jouait davantage.
Un répertoire de prédilection ?
J’ai une passion pour la musique de Kurt Weill et le cabaret berlinois des années 20 à 30.
Le souvenir d’un moment embarrassant avec l’orchestre ?
Dans les années 80, l’orchestre jouait à Grenade sous la direction de Pierre Boulez. Il y avait eu un orage dans l’après-midi et les organisateurs avaient dressé des toiles au-dessus de la scène qui étaient gorgées d’eau. Lors du concert, il s’est mis à pleuvoir et bien que le timbalier ait eu les bras croisés, on entendait des notes de timbales. Boulez s’est alors retourné pour parler au public mais à ce moment-là, il y a eu un éclair monstrueux, la toile s’est envolée et nous avons reçu les trombes d’eau sur la tête ! Par chance, les instruments n’ont pas souffert et on a rejoué le lendemain dans un auditorium couvert.
De quel autre instrument aimeriez-vous savoir jouer ?
Pas d’un autre instrument mais j’aimerais faire de la mise en scène. J’adore le spectacle total. Parfois nous autres, musiciens classiques, sommes un peu prisonniers de la partition. Mais je fais partie d’un groupe de tango, le Carrasco H quartet tango, et du Sirba Octet, qui me procurent cette liberté d’improviser et de créer. En retour, cette liberté enrichit mon travail à l’orchestre.
Vous plaquez tout, où allez-vous?
En Vendée, où je possède une maison. Il n’y a pas de vigiles, pas de contrôles, et la mer est à 300 mètres. Là, je me fais un festin d’huîtres et de poisson !