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Ana Bela Chaves

Premier alto solo

Née à Lisbonne, Ana Bela Chaves est diplômée du Conservatoire National de Lisbonne où elle obtient le Premier prix d’alto dans la classe de François Broos.
 Premier prix d’alto en 1971 et de musique de chambre en 1972 au Concours Guilhermina Suggia, elle remporte le Premier prix d’alto au Concours international d’Orense (Espagne) en 1974 et le Prix de la Presse Portugaise en 1974 et 1981. 
En 1977, elle remporte le Premier prix d’alto à l’unanimité au Concours international de Genève. En 1992, elle est invitée à ce dernier en tant que membre du jury. 
Premier alto solo des Orchestres philharmoniques de Gulbenkian et de Lisbonne, elle est depuis 1980 premier alto solo de l’Orchestre de Paris.
Ana Bela Chaves s’est produite en soliste avec de grandes formations, telles  l’Orchestre de Paris, l’Orchestre de la Suisse Romande, les Orchestres des radios de Vienne, Stuttgart, Madrid, Promenade d’Amsterdam, Shanghai, sous la direction de chefs prestigieux : Sir Colin Davis, Erich Bergel, Sir Roger Norrington, Bruno Pizzamiglio, Andras Schiff, Claudio Scimone, Gyula Németh et Daniel Barenboim. 
Elle a également joué en tant que concertiste et chambriste au Japon, Chine, Corée du Sud, Thaïlande, Brésil, Argentine, Uruguay, Hongrie et Etats-Unis. Elle s’est notamment produite en duo et en musique de chambre avec Olga Prats, Daniel Barenboim, Pinchas Zukerman, Wolfgang Sawallisch et Christoph Eschenbach.
Ana Bela Chaves dispose d’une importante discographie : deux concertos pour alto de J. Braga Santos et F. Lopes Graça, la Sérénade Italienne de Wolf et la Symphonie Concertante de Mozart. Elle a enregistré trois disques avec les solistes de l’Orchestre de Paris, dont un avec Viktoria Postnikova et Guennadi Rozhdestvenski ; neuf disques avec l’Opus Ensemble, une formation de musique de chambre dont elle est membre fondateur (l’un d’eux, Carte Blanche à Ana Bela Chaves, lui est entièrement consacré).
En mars 1997, le Président de la République Portugaise lui remet la plus haute décoration de son pays, Grand Officier de l’Ordre de l’Infant D. Henrique.  
En mai 2001, Ana Bela Chaves reçoit les insignes de Chevalier de  l’ordre des Arts et des Lettres.
En Février 2005, elle interprète en création mondiale du Concerto pour alto et orchestre "Les Rayons du Jour" d’Edith Canat de Chizy, avec l’Orchestre de Paris sous la direction de Christoph Eschenbach. L’enregistrement live de ce concerto est paru en 2007. 
En 2013 elle a aussi été nommée premier alto-solo de l'orchestre des Solistes Européens du Luxembourg.
iw

son
interview

Quand êtes-vous entrée dans l’Orchestre ?
Après avoir été premier alto solo à l’Orchestre philharmonique de Lisbonne et à l’Orchestre Gulbenkian, j’ai quitté le Portugal pour entrer en 1980 à l’Orchestre de Paris comme premier alto solo. J’étais la première femme soliste et j’ai été formidablement accueillie par les musiciens de l’orchestre.
Premières impressions de la Philharmonie ?
Au départ, je craignais que la salle ne mise sur trop d’activités différentes. Mais maintenant, je suis conquise : l’acoustique et la beauté de la salle sont extraordinaires !
Le musicien qui a vous ébloui ?
J’ai eu le privilège d’accompagner Daniel Barenboim, de faire de la musique de chambre et de jouer en sonate avec lui. C’est devenu un ami et j’ai énormément appris à ses côtés !
Le modèle de votre jeunesse ?
Mon professeur François Broos qui fut l’un des élèves de Maurice Vieux à Paris et qui a créé une grande école d’alto au Portugal. Son enseignement a été inestimable. Il a quand même connu des gens comme Strauss ou Einstein !
Le compositeur que vous auriez aimé rencontrer?
Mozart, pour lui dire combien sa musique est pour moi quasi inhumaine de beauté.
Un répertoire trop méconnu ?
Autant en France les musiciens français jouent la musique française de notre temps, autant au Portugal il y a un oubli scandaleux de la musique nationale. Il y a pourtant de grands compositeurs comme Fernando Lopes-Graça (1906-1994) ou José Manuel Joly Braga Santos (1924-1988) !
Pourquoi avez-vous choisi l’alto ?
Mes parents adoptifs étaient très pauvres et m’avaient trouvé une école de musique qui acceptait les enfants qui ne pouvaient pas payer. À sept ans, j’entre à l’école et j’entends une jeune fille jouer du violon ; je m’écrie : "Maman, surtout pas cet instrument !" alors que l’alto m’a tout de suite séduit.
Qu’emportez-vous toujours en tournée ?
Des livres, car la lecture est ma seconde passion ! Quand j’avais quinze ans, Pourquoi je ne suis pas chrétien de Sir Bertrand Russell m’a bouleversée. Russell est un philosophe qui combat le mal et l’injustice sous toutes leurs formes !
Qu’auriez-vous pu devenir si vous n’étiez pas devenu musicienne ?
Un métier forcément lié à la musique. Je viens d’une famille qui ne connaissait rien à la musique classique, et pourtant je demandais à mes parents de m’emmener tous les dimanches aux concerts de la garde républicaine. S’il pleuvait, je pleurais toute la journée car je n’avais pas eu mon concert !
Si votre instrument était un être vivant ?
Je joue sur un instrument qui a été conçu avant la naissance de Mozart, en 1745. L’instrument est comme le prolongement de mon corps. Sans lui, c’est comme si j’avais un bras en moins !
La carrière de soliste ?
Une carrière de soliste virtuose me tendait les bras après mon Premier Prix au Concours international de Genève. Pourtant, je n’en ai jamais voulu, car c’est une vie solitaire.
Vous plaquez tout, où allez-vous ?
Aux Açores, un endroit magnifique encore préservé et peu touristique. Et j’emmène bien sûr mon alto !