On n’attend pas Beethoven dans la musique religieuse, lui si emblématique de l’époque des Lumières, de l’idéal humaniste, du temps des affranchis. Aucun doute alors que sa Missa Solemnis est une œuvre d’église à part et qu’elle parle d’abord pour son temps, pour ses contemporains. Il suffit de comparer avec les messes mozartiennes. Rien que le début, cela suffit : ce n’est pas un chœur à la mesure de la puissance divine qui éclate mais les quatre voix solistes qui implorent, pour soi-même, pour chacun. Et la fin, surprenante, où la guerre gronde, où la paix que les hommes demandent n’est pas celle éternelle de l’au-delà mais celle du monde.
Carlo-Maria Giulini, Daniel Barenboim, Sir Georg Solti, Wolfgang Sawallisch se sont succédé au pupitre de l’Orchestre de Paris pour diriger cette œuvre à part. Christoph Eschenbach les rejoint.
Le parcours de Christoph Eschenbach tient de l’exceptionnel. Orphelin de la Seconde Guerre mondiale, c’est par la musique et le piano qu’il retrouve le chemin de la vie. C’est en voyant diriger Wilhelm Furtwangler en concert qu’il décide de devenir lui-même chef. Karajan lui offre son premier enregistrement au clavier, George Szell ses premières leçons de direction. Il décroche ses premières grandes responsabilités musicales dans les années 80 –London Philharmonic Orchestra, Orchestre de la Tonhalle de Zürich, Houston Symphony Orchestra. Elles s’amplifient pendant la décennie suivante –Ravinia Festival avec le Chicago Symphony Orchestra, Norddeutscher Rundfunk Orchester à Hambourg, Festival du Schleswig-Holstein. La décennie 2000 est celle de la consécration, à la tête de l’Orchestre de Paris et du Philadelphia Symphony Orchestra. Cela fait plus de trente ans qu’il dirige et Christoph Eschenbach, passionné par la création et le travail avec les nouveaux talents, se voit bien continuer trente ans encore.
La soprano allemande Christine Schäffer figure parmi les interprètes les plus éclectiques d’aujourd’hui. On la trouve auprès de Pierre Boulez, dans Donizetti, enregistrant Bach ou Schubert... Le tout avec la même intelligence et la finesse du liedgesang dont jamais elle ne se départ. Elle a étudié auprès du compositeur Aribert Reimann qui a développé chez elle le goût du répertoire du tournant du XXe siècle, mais aussi avec Dietrich Fischer-Dieskau et Sena Jurinac, deux maîtres dans l’histoire du chant.
L’alto Annette Jahns est une artiste unique en son genre. Elle est interprète du répertoire et exploratrice d’œuvres nouvelles, mais elle pratique aussi l’improvisation avec des musiciens de jazz et enseigne ce travail à Dresde. Elle met en scène ses propres récitals mais aussi des opéras du répertoire. Elle a participé à la Tétralogie que Christoph Eschenbach a dirigée au Châtelet en 2006 et chantait la saison dernière dans la Symphonie des Mille.
Le ténor américain Paul Groves est reconnu depuis dix ans comme un chanteur mozartien idéal, dont il possède la voix légère adéquate. Mais sa réputation s’est aussi établie avec les compositeurs romantiques français comme Bizet, Berlioz ou Charpentier. C’est en 2003 à Philadelphie que Paul Groves et Christoph Eschenbach commencèrent leur collaboration avec Le Chant de la Terre de Mahler.
"Quand ma voix a mué, je chantais comme enfant de chœur et je devais faire des solos, mais ma voix n’avait pas retrouvé sa souplesse. Je me suis donc mis à écrire des sortes de chorals qui convenaient à ma tessiture du moment". Le Hollandais Robert Holl est un musicien de la voix. Interprète autant que compositeur. Il s’est intéressé très tôt aux deux domaines de prédilection des basses profondes: les répertoires allemand et russe. Il a étudié avec Hans Hotter, légendaire interprète de Wagner et de Bach. Lui-même est aujourd’hui un invité régulier de Bayreuth ou de l’Opéra de Vienne, pour chanter dans Tristan et Isolde ou Parsifal.
Avec une solide formation de direction d'orchestre, Didier Bouture a privilégié le travail choral, recherchant notamment l'enseignement de grands spécialistes comme Eric Ericson, Edward Higginbottom ou David Willcocks. Il a dirigé la maîtrise "Les Petits Chanteurs de Paris", puis le chœur Saint-Thomas d'Aquin. Depuis février 1999, il exerce les fonctions de directeur artistique et pédagogique du Centre d'art polyphonique de l'ARIAM Ile-de-France, il co-dirige depuis 2002 le Chœur de l'Orchestre de Paris. Didier Bouture est lui-même haute-contre et chante au sein du Concert Spirituel dirigé par Hervé Niquet.
Geoffroy Jourdain est depuis dix ans l’alter ego de Laurence Equilbey, contribuant comme elle à diffuser la musique vocale d’ensemble. Il a fondé son propre chœur de chambre "Les Cris de Paris", avec lequel il s'impose dans le paysage de la création contemporaine, tout en défendant une approche originale volontiers teintée d’humour et très marquée par la curiosité. Depuis 2002, il assure la direction artistique du Chœur de l’Orchestre de Paris avec Didier Bouture.
Ce concert sera diffusé en direct sur
Radioclassique le jeudi 18 septembre à 20h. » Radioclassique.fr
Concert en écoute intégrale
Depuis le début des années 1980, l’Orchestre de Paris mène une politique de captation pour archives de ses concerts. A l’occasion de la célébration de ses 40 ans, et grâce au mécénat de Natixis, quelques uns des concerts les plus mémorables sont disponibles gratuitement à l’écoute sur le site. Écoutez la Missa Solemnis de Beethoven, sous la direction de Sir Georg Solti, enregistrée les 16 et 17 décembre 1993. » Écouter la Missa Solemnis